La prière du retardataire [Ibn ‘Âshir/Rissâlah]

LA PRIÈRE DU RETARDATAIRE (masbŪq)

Extrait de « Ḥabl al-matīn » de Muḥammad al-Marākshī qui est un commentaire du poème d’Ibn ‘Āshir :

« […] Celui qui prie derrière un imām (mā’mūm) doit forcément suivre celui-ci dans la totalité des actes de la prière. Exception faite si l’imām ajoute dans sa prière, d’un ajout que celui qui prie derrière lui (mā’mūm) sait de manière certaine qu’il n’est pas obligatoire. Dans ce cas, il devra délaisser cet acte et ne suivra pas son imām en cela. […]

Quand le retardataire (al-masbūq) arrive derrière un imām en prière, il fera tout de suite le takbīr de sacralisation (al-iḥrām) et rentrera [en prière] avec l’imām comme il le trouve : que ce soit debout, incliné, prosterné ou assis.

  • S’il le trouve incliné ou prosterné, il fera un deuxième takbīr pour l’inclinaison ou la prosternation.
  • S’il le trouve assis ou debout, il fera le takbīr de sacralisation (al-iḥrām) uniquement. La parole du compositeur : « Il le suivra » signifie que le retardataire qui prie derrière un imām doit obligatoirement le rejoindre là où il est […].

Lorsque son imām saluera, le retardataire (al-masbūq) se lèvera pour effectuer ce qu’il a manqué avant qu’il soit entré [en prière] avec l’imām. Il rattrapera alors les paroles et se basera [sur l’imām] pour [récupérer] les gestes. Ce qui est voulu par « les paroles », c’est exclusivement la récitation qui doit être rattrapée en fonction de ce qu’on a manqué d’elle. S’il rejoint l’imām dans la dernière [unité], il rattrapera alors la première et basera ses actes en fonction de ce qu’il a rattrapé avec l’imām, la considérera comme le début de sa prière et effectuera [son rattrapage] jusqu’à la fin.

Par exemple, si on récupère une [seule] unité du ‘Ishā’ similairement [au cas précédent] et que l’imām salue  :

  • On se lève et on entame une unité avec la Mère du Coran [Fātiha] et une sourate à voix haute car on récupère les paroles [récitations] de la première unité qui a été manquée comme cela [i.e. : l‘imām a récité ainsi].
  • Suite à cela [i.e. : cette unité] on [s’assoit et on] effectue le tashahhud car on se base sur les actes : on a déjà effectué une unité [avec l’imām] ainsi celle-ci [récupérée] est la deuxième [et on fait le tashahhud toutes les deux unités].
  • Ensuite, on récupère une deuxième unité avec la Mère du Coran et une sourate à voix haute également car on rattrape les paroles [récitations] et c’est ainsi qu’elle a été manquée [i.e. : l‘imām a récité ainsi].
  • On ne s’assoit pas en se basant sur les gestes car celle-ci [la deuxième unité rattrapée] est la troisième [au total].
  • On fait alors une unité avec exclusivement la [récitation de la] Mère du Coran à voix basse car c’est comme cela que la troisième [unité] a été manquée.
  • [Après la seconde prosternation on se mettra assis,] fera le tashahhud et saluera. […]

Lorsque l’imām saluera et que le retardataire souhaitera se lever afin de récupérer ce qu’il a manqué, devra-t-il se lever avec un takbīr ou sans takbīr ? Cela dépend de la situation.

  • Si le retardataire compte deux unités [effectuées] avec l’imām et que ce dernier s’assoit pour saluer et que pour le retardataire [c’est l’assise] de la deuxième [unités], alors il se lèvera avec un takbīr [qu’il prononcera une fois bien droit]. C’est le cas par exemple lorsqu’on le rejoint lors de la troisième unité d’une [prière] de quatre ou lors de la deuxième lors du Maghrib. Pareillement, s’il a effectué moins d’une unité avec l’imām, comme si par exemple il l’avait rejoint au moment où ce dernier relevait sa tête de l’inclinaison de la dernière unité, il se lèvera aussi avec un takbīr car cela ressemble à l’ouverture de la prière.
  • [Si le retardataire] compte au moins une unité ou plus [avec l’imām] mais qu’il ne cumule pas un nombre paire et donc impaire soit trois ou une [unités] comme le fait de rejoindre [l’imām] lors de la deuxième ou quatrième [unité] d’une [prière] de quatre, la troisième d’une [prière] de trois ou la deuxième d’une [prière] de deux. Ainsi, il se lèvera sans takbīr car on s’est assit par conformité avec l’imām lors du takbīr par lequel on se lève.

Ce que le compositeur a mentionné est l’avis prépondérant (mashhūr) de l’école. Ibn al-Mājishūn a dit : « On fait le takbīr dans toutes [les situations]. » Et c’est sur cela que repose la réponse juridique émise par l’Imām al-Qūrī pour les gens du commun (‘awwām) afin de leur éviter toute confusion.

Sa parole « il supporte la prosternation de réparation » signifie que l’oubli par le retardataire est supporté par l’imām pour la partie de la prière accomplie avec l’imām. Si le retardataire oublie après le salut de l’imām, alors celui-ci ne supporte pas cela et dans ce cas là il est comme celui qui prie seul. […]

Lorsque le retardataire accomplit une unité ou plus avec l’imām et que ce dernier doit des prosternations de réparation alors si ce sont ceux d’avant [le salut], il les fera avec lui. Si elles sont après [le salut], il ne se prosternera pas avec l’imām et les fera après son propre salut. Ainsi, il se relève sans attendre que l’imām ait terminé sa prosternation afin de compléter sa prière. Dans le cas où il se prosterne avec l’imām après [le salut] volontairement ou par ignorance, cela annule sa prière. S’il le fait involontairement, il doit les refaire après son propre salut. On ne fait pas la différence entre le fait que l’oubli soit suite à un manque concernant une partie de la prière où le retardataire était présent ou absent.

Si le retardataire rattrape moins d’une unité [avec l’imām] il ne fera aucune prosternation de réparation que ce soit avant ou après [le salut]. S’il se prosterne avec l’imām avant ou après [le salut dans ce cas] sa prière est invalide. »


Extrait de la « Rissālah » d’Ibn Abī Zayd et de son commentaire par Al-Azharī. Ce qui est entre () est le texte originel et ce qui est en dehors le commentaire :

« (Celui qui effectue) avec l’imām dans la prière obligatoire ou une autre prière prescrite en groupe comme les deux [prières] du ‘Īd (une unité ou plus a alors rattrapé la [prière en] groupe.) i.e. : son jugement et son mérite. Dans le Muwaṭṭā’ d’après ses (صلى الله عليه وسلم) paroles : « Celui qui effectue une unité de la prière a alors rattraper la prière [entièrement]. [1]» i.e. : Il lui deviendra obligatoire ce qui l’est pour l’imām concernant les prosternations de réparation. Il ne suivra personne d’autre [après le salut de l’imām] et ne refera pas la prière avec un autre groupe. Il prononcera le [deuxième] salut pour l’imām et [le troisième] pour ceux à sa gauche. Il obtiendra une récompense similaire à ceux qui étaient présent au début : vingt-sept (27) degrés [en plus que la prière effectuée seul] dans le cas où il manque [les unités précédentes] par contrainte et non par choix. D’après Abū Ḥanīfah, il obtient la récompense du groupe [même si c’est volontaire] et c’est le sens apparent des paroles de l’auteur [Ibn Abī Zayd] qui s’accorde avec son explication

Il a dit : « Ce que nous disons est qu’effectuer une unité dans le temps préférentiel (ikhtiyārī) est comme effectuer la totalité de la prière c’est-à-dire sans avoir de péché et cela même si on la retarde volontairement. Également, personne n’a jamais dit que celui qui manque une partie de la prière avec l’imām devra la répéter pour obtenir le mérite du groupe. C’est ce qui me parait évident. » Fin de citation de ses paroles.

Rattraper une unité avec l’imām se fait en plaçant les mains sur les genoux, c’est-à-dire s’incliner de telle manière qu’on souhaite placer les mains sur les genoux et qu’on l’effectue effectivement sans que l’imām ne relève sa tête de l’inclinaison avant qu’on ne place les mains sur les genoux. Et si on doute à savoir si l’imām a relevé sa tête de l’inclinaison avant d’avoir placer les mains sur les genoux, on interrompra [l’inclinaison] et on poursuivra [la prière en suivant l’imām].

Le statut du retardataire (masbūq) qui effectue une unité ou plus avec l’imām est qu’il effectuera ce qu’il a manqué avec l’imām en parole et geste. (On devra rattraper après le salut de l’imām ce qu’on a manqué) avant qu’on ne rentre [en prière] avec l’imām (de la même manière qu’a effectué l’imām dans la récitation) ainsi si l’imām a récité avec l’Ouverture du Coran [Fātiḥa] et une sourate, on récitera de la même manière qu’a récité l’imām : à voix basse où il a récité à voix basse et à voix haute là où il a récité à voix haute. [On ne saluera pas lorsque l’imām saluera.]

Si on s’assoit dans un moment où il est permis de s’assoir quand on est seul en rattrapant [par exemple] deux unités, alors on se lèvera avec un takbīr. Mais si on s’assoit dans un moment où il n’est pas permis de s’assoir quand on est seul en effectuant [par exemple] avec lui une ou trois unités, on se lèvera sans takbīr et c’est cela l’avis prépondérant (mashhūr) contrairement à l’avis d’Ibn al-Mājishūn : il voyait que le takbīr était pour passer d’un pilier [de la prière à un autre]. L’auteur d’« al-Ṭirāz » a mentionné d’après Mālik dans « al-‘Utbiyyah » l’avis que si on s’assoit dans la deuxième [unité] on se lève sans takbīr. Il a dit : « Cela est basé sur le fait qu’on rattrape les deux [unités] précédentes dont la première commence par le takbīr de sacralisation (al-iḥrām). »

(Quant au) deuxième [aspect] qui est basé (sur) les gestes comme (la position debout, l’assise et ce qui est fait) dans cela, (c’est fait similairement à la prière effectuée seul à partir de ce moment) qui est celui qui prit sa prière jusqu’à la fin puis se souvient de ce qui lui a été invalidé par omission. Cela se divise en trois formes car il peut se souvenir d’avoir invalidé une unité, deux ou trois par l’omission de prosternation, d’inclinaison ou la lecture de l’Ouverture du Coran ou autre chose qui invalide la prière. » Fin de citation.


[1] Bukhārī (580) et Muslim (607/162)


Tableau récapitulatif en pratique 

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