Les deux types de purifications [Akhdarî]

Les deux types de purifications

Note de lecture : Le texte originel d’Al-Akhḍarī est entre les symboles ﴿ et le commentaire en dehors de ces derniers.

 اَلطَّهَارَةُ قِسْمَانِ ﴿

  La purification se divise en deux ﴿ catégories distincte.

طَهَارَةُ حَدَثٍ ﴿

La première : c’est la purification de l’impureté immatérielle (hadath) ﴿ qui est ce qui annule l’ablution ou le bain rituel. Ce n’est pas quelque chose de matériel comme son nom l’indique et on peut l’appeller l’état de « non-ablution » pour mieux comprendre ce qui est voulu par ce terme. Pour illustrer, supposons une situation où l’on a ses ablutions et que l’on émet un gaz : on rentre alors en état d’impureté immatérielle (hadath) (car les gaz annulent les ablutions) mais on remarque qu’avant et après cela, notre état physique à proprement parler n’a pas été altéré.

وَطَهَارَةُ خَبَثٍ ﴿

La seconde : c’est la purification de l’impureté matérielle (khabath) ﴿ i.e. les souillures physiques. C’est entre autre celles qui doivent obligatoirement être retirées de l’endroit où l’on pose ses membres durant la prière, celles qui sont sur soi lorsqu’on va prier etc. mais l’auteur précisera plus loin ces différents cas inhérents.

Liste exhaustive des souillures (najāsat) :

  • Les cadavres des insectes qui ont du sang liquide tels que les poux selon l’avis prépondérant.
  • Les cadavres de tout animal illicite à la consommation, ainsi que tout ce qui est issu de lui, comme la salive ou les poils. (Qu’il soit illicite dans l’absolu, comme le porc, ou car abbatu de manière illicite)
  • Le lait de toute femelle morte et de tout animal illicite à la consommation tel que le porc et l’ânesse.
  • L’urine et les excréments des bêtes coprophages (jallāla), soit de tous les animaux qui se nourrissent d’immondices.
  • L’urine et l’excrément des humains en dehors de ceux des prophètes, des animaux illicites ou répréhensibles à la consommation tels que les fauves et les loups.
  • Le pus, la sanie (mélange de sang et de pus).
  • Le sang humain et animal coulant. Mais le sang restant dans les muscles d’une bête après l’avoir égorgée légalement n’est pas une souillure.
  • La vomissure quand la nourriture est déjà altérée une fois rejetée.
  • L’alcool éthylique tel que le vin etc.
  • Le sperme (manī).
  • Le liquide (sexuel) de la femme.
  • Le wadī qui est un liquide blanc et épais émis généralement immédiatement après avoir uriner.
  • Le madhī qui est le liquide prostatique qui sort de la verge lors des pensées érotiques ou de fantasmes, de caresses amoureuses ou de souvenir de caresses.

Liste non-exhaustive des corps purs :

(Nous les mentionnons car d’autres écoles les considèrent comme impurs)

  • Tout être vivant, y compris le chien et le sanglier d’après l’avis en vigueur.
  • Les cadavres des êtres humain selon l’avis en vigueur.
  • La laine, le duvet, les plumes et les poils des animaux sont purs y compris ceux du porc à l’unique condition qu’ils soient tondus lorsqu’il était vivant.
  • Les larmes, la sueur, la salive des êtres vivants y compris ceux du chien et du porc selon l’avis prépondérant.
  • Les drogues et les narcotiques naturels ou synthétiques.
  • Le lait d’une femme vivante; de même que le lait des animaux dont la consommation de la chair est licite tels que les femelles des bovins, des ovins et des camélidés, ainsi que leurs urines et excréments, à condition qu’ils ne se nourrissent pas d’immondices. La pureté du lait des autres animaux est corollaire de la licéité de leur consommation. Ainsi, est impur le lait des animaux dont la consommation de la chair est illicite, tels que les juments, les mules et les ânesses (domestiques). Quand la consommation de la chair d’un animal est répréhensible, tel que les fauves, son lait est également répréhensible.
  • Les cadavres des animaux qui ne possèdent pas de sang liquide tels que les mouches, les fourmis et les vers.
  • Les urines et les excréments des animaux licites à consommer cependant il faut exclure les animaux qui se nourrissent d’impuretés comme la poule.
  • La cendre et la fumée de corps impurs brûlésd’après l’avis prépondérant.
  1. Ce qu’on utilise pour purifier les deux types d’impuretées

وَلا يَصِحُّ الْجَمِيعُ إِلا بِالْمَاءِ الطَّاهِرِ الْمُطَهِّرِ وَهُوَ الَّذِي لَمْ يَتَغَيَّرْ لَوْنُهُ أَوْ طَعْمُهُ أَوْ رَائِحَتُهُ ﴿

Et n’est pas valable ﴿ la purification de tout cela ﴿ i.e. l’impureté matérielle et immatérielle sauf ﴿ en purifiant par une eau pure et purifiante (al-tāhir al-mutahhir) et c’est celle qui n’a pas changé ni de couleur, ni de goût, ni d’odeur ﴿ i.e. que pour purifier les deux catégories d’impuretés susmentionnées, il est obligatoire d’utiliser de l’eau qu’on qualifie de pure et purifiante (tāhir mutahhir[1]. Pour qu’on l’appelle ainsi, elle doit ne pas être altérée dans une de ces trois caractéristiques [2] :

  • Son goût
  • Son odeur
  • Sa couleur

بِمَا يُفَارِقُهُ غَالِبًا كَالزَّيْتِ وَالسَّمْنِ وَالدَّسَمِ كُلِّهِ وَالْوَذَحِ وَالصَّابُونِ وَالْوَسَخِ وَنَحْوِهِ ﴿

Ainsi, l’eau ne sera plus pure et purifiante si elle est altérée dans une de ces trois caractéristiques au contact de substance qui d’ordinaire ne se trouve pas dans l’eau comme l’huile, le beurre fondu, les corps gras, la fiente mêlée d’urine et séchée, les saletés qui se collent à la laine des moutons, le savon ﴿ car lorsque ces substances se mélangent avec l’eau, elles altèrent au moins une des trois caractéristiques mentionnée. Cette règle concernant la qualité de l’eau s’étend aux corps similaires ﴿ qui ne se trouvent pas naturellement dans l’eau.

Cependant, il est nécessaire de distinguer deux événements :

  • Si l’eau est en contact avec quelque chose de pur :
    1. L’eau est altérée dans une des trois caractéristiques : l’eau sera pure mais non-purifiante. On pourra alors l’utiliser pour l’usage commun comme pour cuisiner, laver le linge etc. mais pas pour les actes d’adorations tel que la purification d’impureté matérielle, les ablutions ou la toilette intime.
    2. Sinon : l’eau sera pure et purifiante.
  • Si l’eau est en contact avec quelque chose d’impur :
    1. L’eau est altérée dans une de ses trois caractéristiques: l’eau ne sera ni pure ni purifiante (elle sera donc impure) et il sera formellement interdit de l’utiliser que ce soit pour l’usage commun ou les adorations. Cependant, on pourra par exemple s’en servir pour arroser les plantes.
    2. L’impureté tombe dans une petite quantité d’eau [3] mais n’altère pas une des trois caractéristiques: l’eau sera pure et purifiante mais il sera déconseillé (makrūh) d’utiliser cette eau si on est en présence d’une autre eau selon l’avis prépondérant.

Notons que l’eau déjà utilisée par les ablutions ; c’est-à-dire celle qui après avoir ruisselée sur le corps est récupérée dans un récipient — et non l’eau en surplus que l’on n’a pas utilisé, est pure et purifiante toujours sous les trois conditions susmentionnées. Néanmoins, cette eau sera déconseillée pour les ablutions mais strictement permise sans être déconseillé pour purifier les impuretés matérielles. Le fait que le premier type d’eau est déconseillé est dû à la divergence sur le caractère purifiant de cette eau.

 وَلا بَأْسَ بِالتُّرَابِ وَالْحَمْأَةِ وَالسَّبَخَةِ وَالآجُرِّ وَنَحْوِهِ ﴿

Et il n’y a pas d’inconvéniant ﴿ à ce que l’eau soit modifiée par la terre, la vase, l’eau salée ou la mousse ﴿ même si elles altèrent une des trois caractéristiques de l’eau et elle restera quand même pure et purifiante [4]. Et on ne tient pas compte de tout autre corps analogue ﴿ se développant naturellement dans l’eau comme la chaux.

Selon l’avis en vigueur, l’eau restera pure et purifiante même si on rajoute une substance naturellement dans l’eau volontairement (ex : le sel). Et on ne prendra pas en compte si l’eau est stagnante ou non.

إِذَا تَعَيَّنَتِ النَّجَاسَةُ غُسِلَ مَحَلُّهَا، فَإِنِ الْتَبَسَتْ غُسِلَ الثَّوْبُ كُلُّهُ. وَمَنْ شَكَّ فِي إِصَابَةِ النَّجَاسَةِ نَضَحَ ﴿

Si l’on est atteint par une impureté ﴿ sur son vêtement et qu’on s’apprête à effectuer un acte d’adoration nécéssitant l’état de pureté et que cette impureté est clairement visible ﴿ sur le vêtement ; alors on devra laver l’endroit de celle-ci ﴿ i.e. : de l’impureté avec de l’eau pure et purifiante. Et si on ne s’apprête pas à effectuer un acte qui nécessite d’être en état de pureté, il est alors recommandé de purifier la souillure matérielle car il est répréhensible (makrūh) de garder une impureté sur soi.

Et celui qui ignore ﴿ où se trouve l’endroit exact de la souillure sur le vêtement devra laver tout ﴿ son vêtement c’est-à-dire un espace assez large pour être certain de l’avoir purifier de l’impureté [5].

Et celui qui doute sur la présence de l’impureté ﴿ comme si par exemple notre habit est mouillé après être allé aux toillettes sans savoir si c’est de l’urine ou de l’eau ; aspergera ﴿  son vêtement.

وَإِنْ أَصَابَهُ شَيْءٌ شَكَّ فِي نَجَاسَتِهِ فَلا نَضْحَ عَلَيْهِ ﴿

Et si quelque chose nous atteint ﴿ comme si par exemple on marchait dans la rue et qu’un liquide nous tombait dessus et qu’on doute sur son ﴿ caractère impur ﴿ ou non car on ne sait pas ce qui est tombé sur nous ; on n’aspergera pas dessus. ﴿


[1] Et du ciel Il fit descendre de l’eau sur vous afin de vous en purifier, d’écarter de vous la souillure du Diable, de renforcer les cœurs et d’en raffermir les pas ! ﴿ [S.8/V.11] et Nous fîmes descendre du ciel une eau pure et purifiante ﴿ [S.25/V.48]

[2] D’après Abū Umāmah al-Bāhillī (رضي الله عنه) : Le Messager d’Allāh (ﷺ) a dit : « Certes rien ne rend l’eau impure sauf ce qui change son odeur, son goût et sa couleur. » [Rapporté par Ibn Mājah, n°521 et la fondation de cette règle est le consensus (ijmāʿ)]

[3] On entend par petite quantité d’eau, une quantité d’eau nécessaire pour effectuer l’ablution ou le bain rituel.

[4] D’après Abū Hurayrah (رضي الله عنه) qui entendit un homme interroger le Prophète (ﷺ) sur la pureté de l’eau de la mer. Le Prophète (ﷺ) répondit : « Elle est pure et les êtres trouvés morts (dans la mer) sont licites à la consommation. » [Rapporté dans le Muwattā’]

[5] D’après Abū Hurayra (رضي الله عنه) : Le Messager d’Allāh (ﷺ) a dit : « Débarrassez-vous de l’urine [sur vous] car certes la plupart des châtiments de la tombe sont dûs à cela. » [Rapporté par al-Dāraqutnī, n°457 et authentifié par Ibn Khuzayma et d’autres]

Allāh a dit : Et tes vêtements, purifie-les. ﴿ [S. 74/V.4]

D’après Abū Hurayra (رضي الله عنه) rapporte que Khalwah b. Yasār vint au Prophète (ﷺ) et dit : « Ô Messager d’Allāh ! Je n’ai qu’un seul habit et mes menstrues l’atteignent. Que dois-je faire ? » Il répondit : « Lorsque tu te purifies, lave le et prie dedans. » [Rapporté par Abū Dāwud, n°365 d’après une chaîne authentique]

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