Le Jeûne [2/3] [Ibn ‘Âshir]

LE JEÛNE [2/3]

Extrait de « Ḥabl al-matīn » de Muḥammad al-Marākshī qui est un commentaire du poème d’Ibn ‘Āshir. Les titres ont été volontairement ajoutés pour faciliter la lecture :

  • Les obligations du jeûne

Les obligations du jeûne sont cinq et cela que ce soit un jeûne obligatoire ou non :

  1. L’intention : c’est le fait de tourner sa volonté vers quelque chose et d’avoir la détermination de l’atteindre. Elle se formule la nuit et il n’est pas possible de l’avoir avant celle-ci. [Ainsi, si on souhaite par exemple jeûner un lundi, il faudra avoir l’intention strictement entre le Maghrib du dimanche précédent et avant le Ṣubḥ du lundi même.]
  2. S’abstenir [des rapports sexuels avec] pénétration ou tout acte similaire qui causerait l’éjaculation de sperme ou de liquide pré-spermatique (madhī) à l’état d’éveil comme les pensées, regards, baisers, préliminaires, caresses que tout cela soit d’une durée longue ou non. Cela s’applique de peu avant le lever de l’aube (fajr) jusqu’au coucher [du soleil].
  3. S’abstenir de manger et boire de peu avant le lever de l’aube (fajr) jusqu’au coucher [du soleil].
  4. S’abstenir de vomir de peu avant le lever de l’aube (fajr) jusqu’au coucher [du soleil]. Si du vomis sort sans raison [volontaire] il n’y aura pas de péché, ni d’expiation (kaffārah) ni rattrapage sauf s’il ravale [le vomis] dans l’estomac. S’il est ravalé malgré-soi ou par inadvertance, on devra rattraper. [Par contre,] s’il est ravalé volontairement, on devra rattraper et il y aura une expiation (kaffārah).
  5. S’abstenir de faire parvenir quoi que ce soit vers l’estomac qui est le lieu ou se rassemblent la nourriture et la boisson, où s’effectue la première digestion et qui achemine les nutriments vers le foie qui est le lieu où s’effectue la seconde digestion. Et ensuite, les nutriments vont du foie vers le reste du corps et c’est la troisième digestion. Invalide donc le jeûne le fait d’y faire parvenir quelque chose que ce soit par l’oreille, les yeux, le nez, la bouche, l’anus et cela du lever de l’aube jusqu’au coucher [du soleil].
  • Les conditions d’exigibilité du jeûne

Les conditions d’exigibilité du jeûne sont six :

  1. L’Islām
  2. Avoir sa raison
  3. La puberté
  4. La bonne santé
  5. La sédentarité
  6. La siccité de sang des règles et des lochies.

Sache donc que la raison au début du lever de l’aube est une condition d’exigibilité du jeûne ainsi qu’une condition de validité. Ainsi, celui qui perd la raison lors du lever de l’aube à cause de la folie, une syncope, l’ivresse dû à une substance autorisée ou interdite ou par la perte de la raison dû à une maladie, son jeûne est invalide et il lui sera obligatoire de rattraper [ce jour].

Les règles empêchent le jeûne qu’il soit obligatoire ou non. Cele qui a ses règles ne rattrape que le jeûne obligatoire et non les autres jeûnes volontaires. Si elle se réveille en train de jeûner un jeûne obligatoire et que ses règles apparaissent, son jeûne est invalidé et il lui sera obligatoire de rattraper [ce jour].

  • Ce qui est répréhensible et interdit lors du jeûne

Il est répréhensible au jeûneur de toucher [d’une manière sensuelle une femme] et de penser [à des choses érotiques] lorsqu’il est certain que cela n’entraînera pas l’émission de sperme ni de liquide pré-spérmatique (madhī). Si par contre il n’est pas certain de cela, alors il lui sera interdit de toucher [d’une manière sensuelle une femme] et de penser [à des choses érotiques]. Tout comme il lui sera interdit de pratiquer les causes de la relation sexuelle comme le regard, les baisers, les préliminaires et les caresses. S’il sait qu’il n’a rien à craindre [de l’émission] de liquide pré-spermatique (madhī) ou de sperme, cela ne lui est pas interdit mais ce sera cependant répréhensible.

Il est répréhensible au jeûneur de goûter une préparation [avec sa langue pour évaluer l’assaisonnement] en sel [ou autre] de peur qu’il avale quelque chose de cela malgré lui. Pareil à cela, le fait de goûter le miel, de mâcher une gomme qui est tout ce qu’on mâche comme les dattes [pour la donner aux enfants], les bonbons pour les enfants et autres qui ne se désintègrent pas dans la bouche si on le fait une fois car [si c’est plus] cela rompt [le jeûne].

Le bavardage — qui est l’excès de paroles permises — est également répréhensible au jeûneur. Quant aux paroles de calomnie et autre, elles sont interdites en dehors du Ramaḍān alors comment en serait-il lors de celui-ci alors que certains ont même dit que cela faisait parti des annulatifs [du jeûne], cela étant attesté par de nombreux ḥadīths. Cette [répréhension] n’est pas exclusive à la langue mais s’applique bien à la totalité des membres effectuant de mauvaises gestes, qui, lorsqu’ils sont effectués, réduisent le mérite du jeûne.

Quant au vomis qui sort de la bouche du jeûneur malgré-lui ainsi que les mouches qui rentrent dans celle-ci, tout cela est pardonné et il ne lui sera pas obligatoire de rattraper ni autre chose. Tout comme cela, la poussière de l’artisan comme la poussière de la mouture du meunier, l’artisan plâtrier, celui qui transporte le blé, celui qui le pèse et le goût [des peaux] pour le tanneur le traitant, celui qui garde son blé dans le moulin de peur de se faire voler, la poussière qui se trouve sur les chemins, l’usage du siwāk sec qu’on ne peut ramollir. Le fait de se réveiller en état d’impureté majeure (janābah) c’est-à-dire se retrouver dans cette situation lors du lever de l’aube, tout ce qui est mentionné [dans ce paragraphe] est excusés et n’est pas interdit.

  • L’intention du jeûne

La succession obligatoire du jeûne comme [dans le mois] de Ramaḍān pour le résident en bonne santé, les [deux] mois expiatoire [consécutifs] à une rupture volontaire [du jeûne du mois de] Ramaḍān et autres [nécessitent d’avoir une intention] et il est suffisant d’avoir l’intention une seule fois au début pour la totalité [des jours de jeûne]. Cela, excepté si une cause empêchant [de jeûner] comme la maladie, le voyage ou les règles [survient, alors] la succession [redevient] obligatoire. Ainsi, si survient un empêchement parmi ces causes annulatives susmentionnées, on n’échappera pas au renouvellement de l’intention.

Quant au jeûne qui ne nécessite pas obligatoirement la succession comme celui qui rattrape [les jours de jeûnes manqués] ou celui qui fait voeu de jeûner un jour, il n’émettra pas l’intention [de faire ces jours] successivement. On n’échappera donc pas au renouvellement de l’intention à chaque nuit, cela car l’intention [lors de] la première [nuit] n’est pas suffisante même si on jeûne [effectivement successivement]. On n’échappera donc pas au fait d’émettre l’intention chaque nuit.

  • Ce qui est apprécié lors du jeûne

Parmi les actes prophétiques, hâter la rupture [du jeûne] et le fait de retarder le petit-déjeûner (suḥūr). Le « suḥūr » avec le son « u » après le « s » est un nom d’action alors qu’avec un « a » après le « s » [saḥūr] désigne ce qui est consommé.

Cette recommandation d’hâter la rupture et de retarder le petit-déjeûner (suḥūr) se fait uniquement lorsqu’on est certain du coucher [du soleil] ou que l’aube ne s’est pas encore levé. Hâter [la rupture] et retarder [le petit-déjeûner (suḥūr)] lors de ces deux moments ne se fait pas lorsqu’on doute. Ainsi, si l’on doute du lever de l’aube ou du coucher [du soleil], on ne mangera [ni ne boira].

  • Si l’on mange [ou boit dans cette situation de doute sur le lever de l’aube et cela que ce soit] avant le lever de l’aube ou après celui-ci, on devra rattraper [ce jour] car le jeûne est une dette basé sur la certitude et on ne s’acquitte d’une dette qu’en étant certain [de nos agissements]. Cependant, il n’y aura pas d’expiation (kaffārah) car on n’avait pas pour objectif de profaner la sacralité du mois.
  • Si on doute sur le coucher [du soleil], il est alors obligatoire de manger et cela par consensus. Si l’on mange et qu’il n’est pas certain [que le soleil soit couché ou non] alors on devra rattraper [ce jour]. S’il s’avère qu’il a manger après le coucher, il n’y aura pas de rattrapage car il aura été illusionné mais s’en sera tiré.

Puis sache que le temps du petit-déjeûner (suḥūr) commence du milieu de la nuit et s’étend jusqu’au lever de l’aube. Le Messager d’Allāh (ﷺ) retardait le petit-déjeûner (suḥūr) d’une telle manière qu’entre la fin du petit-déjeûner (suḥūr) et l’aube, il y avait le temps nécessaire pour que le réciteur récite cinquante versets comme il est [rapporté] dans l’authentique (ṣaḥīḥ) de l’imām Bukhārī.

Al-Qasṭallānī a dit : « Cette évaluation [du temps] n’est pas permise pour le commun des hommes car il (ﷺ) recevait une inspiration d’Allāh pour appréhender les réalités (ḥaqā’iq) des éléments et [était doté] d’une infaillibilité face à l’erreur pour les affaires concernant la religion. » Les [savants] postérieurs estimèrent la partie de la nuit à partir de laquelle on ne mange plus à un tiers d’heure (20 mn) [avant l’aube].

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