Le Jeûne [3/3] [Ibn ‘Âshir]

Le Jeûne [3/3] 

Extrait de « Ḥabl al-matīn » de Muḥammad al-Marākshī qui est un commentaire du poème d’Ibn ‘Āshir. Les titres ont été volontairement ajoutés pour faciliter la lecture :

  • Les règles de la rupture du jeûne

Les règles de la rupture [en dehors des temps autorisés] sont sept :

  1. L’abstention (ismāk)
  2. Le rattrapage (qaḍā‘)
  3. Nourrir [les pauvres] (iṭ‘ām)
  4. L’expiation (kaffārah)
  5. Le châtiment (al-tā’dīb)
  6. La rupture de la succession (qaṭ‘ al-tatābi‘)
  7. Rupture de l’intention législative (qaṭ‘ al-niyyah al-ḥukmiyyah)

La signification des propos de l’auteur [disant] que celui qui rompt un jeûne obligatoire [en dehors des temps autorisés] devra obligatoirement le rattraper quel que soit les formes de ruptures que ce soit :

  • Par oubli
  • Par erreur, comme celui qui aurait estimé que le soleil s’était couché ou que l’aube ne s’était pas encore levé ou celui qui se serait trompé lors du calcul du début du mois ou de sa fin.
  • Celui qui rompt volontairement, que ce soit :
    • Obligatoire comme la rupture du malade qui craint pour lui la mort
    • Permis comme la rupture du voyageur
    • Apprécié comme la rupture du combattant qui pense que rompre lui procurera de la force
    • Interdit
    • Par ignorance.
  • Malgré lui comme celui à qui on fait ingurgiter de la nourriture ou de la boisson dans sa bouche durant son sommeil qu’il soit consentant ou contraint
  • La rupture dû aux rapports sexuels ou à l’éjaculation de sperme
  • Par la lever de l’intention (niyyah) et son rejet durant la journée ou à la fin de la nuit de telle sorte que l’aube se soit levée sans qu’il l’ait formulée même s’il a eu l’intention de jeûner avant le lever du soleil [mais après l’aube]
  • Que la rupture soit dû à la nourriture ou à la boisson. Dans ces deux, il n’y a pas de distinction dans le fait d’acheminer à la gorge ou à l’estomac à travers un orifice large ou étroit

Il est donc obligatoire de rattraper dans toutes ces situations. Cela inclus également le [jeûne] obligatoire en dehors de Ramaḍān comme le jeûne que l’on voue certainement c’est-à-dire celui auquel on n’a pas défini de date comme celui qui voue de jeûner un jour [quelconque] et se lève durant ce jour en train de jeûner et le rompt : il devra alors le rattraper quel que soit la raison pour laquelle il a rompu.

[Si par contre, on définie la date du jeûne] et qu’on rompt à cause d’une maladie, des règles, des lochies, d’une syncope ou suite à un accès de démence, il n’y aura pas de rattrapage car la date [du jeûne] aura été dépassée. Lorsque l’excuse disparaît, on continuera de jeûner si il reste une journée ou plus [qu’il a voué de jeûner]. S’il [rompt] involontairement, alors l’avis pratiqué (al-mu‘tamad) dans l’école est qu’on devra rattrapé tout en ayant l’obligation de s’abstenir le reste de la journée. La différence entre ce dernier et celui qui est maladie est que celui qui oublie est caractérisé par l’abus injustifié.

[La rupture suite à] un voyage ou volontaire, devra être rattrapé par consensus.

  • Les conditions de l’expiation

Les conditions de l’expiation (kaffārah) sont cinq :

  1. L’acte délibéré (al-ta‘mud).
  2. La rupture de la sacralité (al-intihāk).
  3. Le fait que cela survienne durant [le mois] de Ramaḍān.
  4. Le fait d’avoir le choix (al-ikhtiyār).
  5. La connaissance de l’interdit de l’agissement (al-‘ilm bi-ḥurmah fi‘lihi).

La signification est que l’expiation (kaffārah) est exigée de celui qui rompt délibérément le jeûne du mois de Ramaḍān après avoir mangé ou bu par la bouche en ayant le choix sans être contraint en cela. Il n’y a pas de différence entre le fait que l’aliment parvienne à sa gorge ou à son estomac, qu’il ait délibérément éjaculé suite à un rapport sexuel ou aux préliminaires ou tout ce qui est en-dessous de cela : la pensée qui correspond au fait d’imaginer les beautés de l’objet désiré.

Et [il en est de même pour celui] qui refuse délibérément ce sur quoi le jeûne repose  c’est-à-dire l’intention sans que ce refus soit basé sur une interprétation plausible (al-tā’wīl al-qarīb) ou l’ignorance.

L’interprétation plausible (al-tā’wīl al-qarīb) correspond à ce qui repose sur une cause existante tandis que l’interprétation fallacieuse (al-tā’wīl al-ba‘īd) est ce qui repose sur une cause généralement inexistante .

Comme exemple d’interprétation plausible (al-tā’wīl al-qarīb) :

  • Celui qui rompt involontairement.
  • La femme qui se purifie des menstrues avant l’aube (fajr), qui ne se lave qu’après le lever de l’aube [et ne jeûne pas pensant que celui-ci est invalide du fait d’avoir commencer la journée sans s’être purifiée].
  • Celui qui prend le petit-déjeûner (suḥūr) à l’aube [pensant que l’aube n’était pas encore levé].
  • Le voyageur dont le voyage ne permet pas de raccourcir [les prières] mais pense qu’il est permis de rompre chez lui et se lève en rompant.
  • [Et de] même [celui] qui voit la lune de Shawwāl lors de la journée du trentième [jours du mois] et suppose qu’elle est apparue durant la nuit précédente.

Toutes ces personnes supposent que la rupture est permise. L’expiation (kaffārah) n’est pas demandé dans aucun de ces cas. Cependant, ils ont un péché car il n’est pas permis à l’humain d’agir sans connaître au préalable le jugement d’Allāh sur celui-ci.

Comme exemple d’interprétation fallacieuse (al-tā’wīl al-ba‘īd) :

  • Celui qui voit le croissant sans que son témoignage ne soit accepté [par autrui et considère qu’il est donc permis de] rompre [le jeûne. Celui qui voit la lune devra jeûner même si son témoigagne n’est pas accepté par le gouverneur].
  • Celui qui rompt [en spéculant que] la fièvre viendra [le jour où il jeûne.]
  • Celle qui [rompt] le jour habituel [du début] des règles [se basant sur une supposition. Elle devra donc rattraper] même si ses règles surviennent effectivement.
  • Celui qui rompt à l’écoute du ḥadīth « Rompent le jeûne celui qui fait une saignée (al-ḥājim) et celui qui la subit. » ou « Le médisant n’a pas de jeûne. »

L’interprétation de ceux-là est comme l’abstention [volontaire de jeûner]. L’expiation (kaffārah) et le rattrapage est obligatoire pour tout ces cas.

L’ignorant qui n’est pas soumis à l’expiation (kaffārah), c’est celui qui vient d’embrasser l’Islām et pense que la rupture [ne se fait] qu’avec la nourriture et la boisson sans que les relations sexuelles [ne rompent le jeûne]. [S’il] a une relation sexuelle [en pensant cela], alors il ne lui sera obligatoire que de rattraper le jour.

[…] Il n’y a d’expiation (kaffārah) pour celui qui rompt en dehors du Ramaḍān, que la rupture soit volontaire, involontaire même si c’est un jour de rattrapage du Ramaḍān. La rupture involontaire dans [le mois] de Ramaḍān n’implique pas l’expiation. L’introduction volontaire [dans le mois de] Ramaḍān d’élément dans le nez, l’oreille ou autre n’implique pas l’expiation (kaffārah) [elle n’est demandé que lors d’introduction dans la bouche]. Celui qui éjacule du sperme durant le Ramaḍān sans qu’il n’y ait de cause [volontaire] à sa sortie, n’aura pas d’expiation (kaffārah) ni même de rattrapage.

  • Les cas permettant la rupture

La rupture [du jeûne obligatoire] est permise dans deux cas :

  1. À cause d’une nuisance (arar) résultant du jeûne ou la crainte d’une nuisance en cas de jeûne même si elle ne survient pas en définitive
  2. [Le deuxième cas] c’est le voyage permettant le raccourcissement de la prièr, soit le voyage long et permis. La permission de la rupture liée à une nuisance est possible en cas de crainte du prolongement du mal basé sur l’avis d’un médecin fiable, sa propre expérience, la crainte d’une aggravation de son état, de l’apparition d’une autre maladie ou la crainte de la difficulté liée à la faiblesse causée par la maladie. Bien que jeûne eut été possible s’il avait été imposé, la religion d’Allāh est facilitée.

 Lorsqu’on craint [très fortement] que survienne une maladie ou un grand mal à cause de ce jeûne, le jeûne lui devient interdit à ce moment et il lui devient obligatoire de rompre [le jeûne] car la préservation de sa personne (ḥafẓ al-nufūs) est une obligation.

La permission de rupture consécutive au voyage est soumise à trois conditions :

  1. La première, que le voyage permette la réduction de la prière : il doit être permis, long [i.e. : plus de 4 burud] et qu’on ait l’intention de le faire d’une seule traite.
  2. Qu’il commence [i.e. : le voyage] avant l’aube (fajr). Si l’aube (fajr) apparait avant qu’on ne parte, on ne rompra pas [le jeûne et cela] que ce soit avant de partir ou après l’aube (fajr). [Ainsi, si on entame un voyage après l’aube, on ne pourra pas rompre] excepté par nécessité. Si on rompt avant de partir, il y aura une expiation mais si on rompt après le départ, il n’y aura qu’a rattraper [ce jour et il n’y aura pas d’expiation]. Donc si on entame [le voyage] avant l’aube, on pourra alors rompre [le jeûne quoi qu’il soit préférable de jeûner en voyage].
  3. Ne pas formuler l’intention de jeûner durant le voyage [la veille du départ]. Ainsi, si on formule l’intention [de jeûner] puis rompt [le jeûne] sans excuse valable, on devra rattraper [ce jour] et il y aura une expiation (kaffārah).
  4. Qu’il ne formule pas l’intention de jeûner durant la nuit pendant son voyage. S’il formule cette intention et qu’il rompt le jeûne en définitive sans raison valable, il devra rattraper son jeûne et procéder à une expiation. Il en est ainsi car il se trouvait dans une situation où il pouvait choisir entre jeûner ou rompre : une fois qu’il a fait le choix de jeûner, il ne peut rompre son jeûne qu’en cas d’excuse valable.
  • La rupture du jeûne surérogatoire

Il est interdit de rompre volontairement un jeûne surérogatoire si [on ne craint] pas une nuisance (arar) causée par le jeûne. Le jeûne surérogatoire est chez les Mālikites, l’une des sept questions [juridiques dont l’acte] devient exigé une fois entamé, qu’on ne peut interrompre et qui implique le rattrapage.

Il n’est pas permis de rompre [le jeûne surérogatoire] même si un individu [qui inviterait le jeûneur à manger chez lui par exemple] jure par Allāh [que ce dernier doit répondre à son invitation] ou fait le serment de divorcer fut-ce de manière définitive [s’il ne vient pas, le jeûner] se doit de parjurer [sauf si la personne est telle qu’elle ne peut se séparer de sa femme. Dans ce cas, s’il parjure et que celui qui a juré ne se sépare pas de sa femme et il vivra dans la fornication. Ainsi, il est permis de rompre le jeûne surérogatoire et il ne sera pas demandé de rattraper pour cela.]

On exclue [pour cette règle] le père, la mère [et le shaykh vis-à-vis duquel on a pris l’engagement de ne pas lui désobéir. Voir le Sharḥ d’al-Azharī sur la Izziyya.]

Si [ces derniers] le conjurent de rompre ce jeûne, il le rompt même s’ils n’ont pas juré dans le cas où leur requête est motivée par la compassion envers lui pour son jeûne soutenu pendant une longue période ou quelque chose de similaire [comme l’état de santé fragile]. Il aura ensuite à rattraper ce jeûne.

Quant à la rupture [d’un] jeûne volontaire par oubli ou volontairement par crainte de subir une nuisance (arar) n’est pas a rattrapé. On ne rattrape pas le jeûne recommandé en cas de rupture délibérée par crainte d’une nuisance et par oubli.

  • Les modalités d’expiation

Celui pour qui une expiation (kaffārah) est obligatoire pour l’une des situations citées précédemment, devra s’en acquitter par l’un trois des moyens suivants :

  1. Le jeûne de deux mois successifs c’est-à-dire consécutifs.
  2. L’affranchissement d’un esclave musulman [de servitude totale et non partielle. L’esclave doit aussi être exempt de vices corporels rédhibitoires.]
  3. L’approvisionnement de soixante pauvres (miskīn) [musulmans de condition libre] d’un mudd pour chacun, du mudd du Prophète (ﷺ) [ni plus ni moins, qui correspond à la contenance des deux mains réunies] de la denrée répandue du pays où l’on est. Ce dernier moyen est le meilleur car il est le plus utile [aussi bien en période de famine qu’en période de prospérité] sauf si l’on se trouve dans un Califat [et dans ce cas on] jeûnera [car le Califat est responsable de la prise en charge de l’alimentation des pauvres.]

[Cependant, il n’est pas permis de combiner deux modes d’expiations tel qu’affranchir un esclave en moitié et jeûner un mois.]

 

 

 

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