La Zakâh de rupture (al-fitr) [‘Izziyya]

La Zakâh de rupture [du jeûne] (al-fitr)

Extrait du commentaire d’Abī al-Azharī sur la « Muqaddimah al-‘Izziyya » :

« (L’aumône de rupture du jeûne (ṣadaqah al-fiṭr) est une obligation) et elle est aussi appelée Zakāh al-Fiṭr (litt: l’aumône purificatrice de rupture [du jeûne]) (1). [Celui qui] (l’imposa) c’est-à-dire qui la rendit obligatoire [n’est autre que] (le Messager d’Allâh (ﷺ)) en l’an deux de l’hégire. La preuve de sa prescription dans le sens de son obligation et non dans le sens de la détermination de la valeur à donner est ce qui est rapporté par al-Tirmidhī :

Le Messager d’Allāh (ﷺ) envoya quelqu’un annoncer dans les chemins et les vallées de la Mecque : ‘Sachez que l’aumône de la rupture du jeûne est une obligation qui incombe à tout musulman.’

Le texte (naṣṣ) du ḥadīth rend donc incontestable le caractère obligatoire de cette aumône et tranche la question de façon péremptoire. Or, il est établi que si une preuve scripturaire s’oppose à une autre preuve, on doit procéder à son interprétation. La preuve scripturaire établie est le ḥadīth susmentionné. Un autre preuve s’y oppose, à savoir celui qui stipule que la Mecque était alors un territoire ennemi ce temps-là. L’interprétation à donner est que l’envoi du crieur ne s’est pas nécessairement produit directement après la prescription de l’aumône de rupture du jeûne. Autrement dit, il se peut que cet envoi ait eu lieu bien après.

Il y a divergence sur le temps obligatoire de son acquittement : (Elle est obligatoire dès la première nuit de la fête de la rupture (al-fiṭr) d’après un des deux avis prépondérants. Et) le deuxième avis [prépondérant] est (qu’elle devient obligatoire dès le lever de l’aube (fajr) du jour de la fête.)

(L’intérêt de cette divergence se manifeste dans les cas de décès, de naissance ou de conversion et autres choses similaire) comme la femme que l’on épouse ou que l’on répudie, un créancier qui réclame son dû, ou un débiteur en gêne qui devient aisé, entre ces deux moments. Ainsi, l’enfant qui naît après le coucher du soleil n’exige pas de payer l’aumône en son nom par celui qui en a la charge selon le premier avec alors qu’il l’exige selon le second. Par contre, celui qui meurt dans cet intervalle de temps, est assujetti au versement de cette aumône selon le premier avis et ne l’est pas selon le second. Et ainsi de suite pour les autres exemples.

(Et il est permis de s’en acquitter deux ou trois jours avant le jour de la fête) or ce délai est accordé pour sa collecte car la Mudawwana stipule qu’il faut se restreindre à un délai de deux jours ou mieux encore à un seul jour et c’est cela l’avis le plus fort (ar-rājiḥ).

(Et elle reste à la charge) pour celui qui est solvable (même après un long temps) et le temps ne la rend pas caduque. Mais il ne sera pas considéré fautif ou pécheur tant que le jour de fête ne s’est pas écoulé. Alors que s’il la retarde au-delà de ce jour (après le maghrib) il sera fautif et coupable de péché [quand il omet de s’en acquitter alors qu’il en a les moyens].

(Et on ne la donne qu’aux pauvres (faqīr)) à savoir les pauvres [qui rentrent dans la catégorie à qui on peut donner] la Zākah. Elle peut être versé au profit de quelqu’un qui possède le minimum de bien imposable, mais qui ne lui suffit pas pour subvenir à ses besoins durant l’année. Les besogneux (masākīn) en sont prioritaires. L’un ou l’autre doit (être de condition libre et musulman). Il n’y à pas d’inconvénient à la verser à des proches parents qui ne sont pas légalement sous sa charge. La femme a le droit de la verser au profit de son époux pauvre, alors que le mari n’a pas le droit de la verser au profit de son épouse.

(Elle) i.e. : la Zakāh al-Fiṭr, consiste en (un Ṣâ‘) ou une partie s’il ne peut pas s’acquitter d’un Ṣā‘ (de la nourriture répandue dans le pays) toute l’année et non pas spécialement durant le mois de Ramaân. [Un Ṣā‘ équivaut à 4 mudd et un mudd est le contenu des deux mains moyennes. Soit 2240g de blé par exemple.]

Il n’est pas permis de la donner en monnaie ou en bien d’une autre nature. Il n’est pas permis de donner cette aumône sous un autre forme que les produits alimentaires.

Elle est ainsi obligatoire (à tout musulman de condition libre, responsable légalement (mukallaf) et qui peut s’en acquitter pour sa propre personne et seulement pour les personnes musulmanes dont il a la charge.) 

Ainsi, ceux dont il a la charge parmi les non-musulmans comme sa femme, sa mère, son père et son esclave mécréant alors ceux-là il est uniquement demandé de subvenir à leurs besoins et non pas de verser la Zakāh en leur nom car ils sont exclus par les paroles de l’auteur : « et seulement pour les personnes musulmanes dont il a la charge. »

Les personnes qui sont à la charge par (les liens de parenté sont les enfants) : les garçons jusqu’à leur puberté et les filles jusqu’à leur mariage ou jusqu’à ce qu’elles soient appelées à se marier. Pareillement, on doit la verser au nom des enfants des épouses.

Et similairement on doit également la verser (à ceux asservis comme les esclaves.) Leurs maîtres ont donc l’obligation de verser la Zakāh à leur nom tout comme ils ont le devoir de subvenir à leur subsistance. (Et) les personnes qui sont sous la charge (sont ! l’épouse et la servante esclave de cette dernière) et non pas une servante qui s’occupe d’elle contre un salaire. Ceci est surtout vrai quand l’épouse n’est pas aisée, voir même (quand elle est aisée). »


(1) Ibn ‘Abbās rapporte : « Le Messager d’Allāh (ﷺ) a instauré l’aumône de la rupture du jeûne afin de purifier le jeûner des propos injurieux ou futiles qu’il aurait prononcés et afin de nourrir les pauvres » Rapporté par Abū Dāwud, Ibn Mājah et al-Ḥākim.


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