Hadith #1 : Les actes ne valent que par les intentions

HADÎTH #1

D’après l’Émir des Croyants, Abū Ḥafṣ, Umar b. al-Khaṭṭāb (رضي الله عنه) qui a dit :

J’ai entendu le Messager d’Allāh (ﷺ) dire : « Les actes ne valent que par les intentions et chacun ne recevra [de récompense] qu’en fonction de celle-ci. Ainsi, celui qui émigre pour Allāh et Son Messager, son émigration lui sera comptée comme étant pour Allāh et Son Messager. Tandis que celui dont l’émigration a pour but d’acquérir des biens mondains ou d’épouser une femme, son émigration ne sera comptée que ce pour quoi il a émigré. »

[Ce ḥadīth] est rapporté par les deux maîtres du ḥadīth : Abū Abdallāh, Muḥammad b. Ismāīl b. Ibrāhīm b. al-Mughīrah Barbazbah al-Bukhārī et Abū al-Ḥussayn Muslim b. al-Ḥajjāj b. Muslim al-Qushayrī al-Naysābūrī dans leurs deux authentiques, ces deux étant les livres les plus authentiques d’entre tous [les livres de ḥadīth].

Commentaire :

Ce ḥadīth est authentique et un consensus atteste de son authenticité, de sa grande importance et de la multitude de ses enseignements. Il est rapporté par l’Imām Abū Abdallāh al-Bukhārī à plusieurs endroits dans son ouvrage ainsi que par Abū al-Ḥussayn Muslim b. al-Ḥajjāj dans son ouvrage à la fin du chapitre du Jihād.

C’est l’un des ḥadīths traitant des préceptes fondamentaux de l’Islām. L’Imām Aḥmad et al-Shāfiī (رضي الله عنه) ont dit : « Ce ḥadīth établissant que les actions valent selon leurs intentions englobe le tiers de la science. » Al-Bayhaqī et d’autres soutiennent également cela. La raison de cela est que l’homme acquiert ses actions par trois moyens : son cœur, sa langue et son corps ; l’intention étant l’un de ces trois moyens.

Il est également rapporté d’al-Shāfiî (رضي الله عنه) qu’il a dit : « Ce ḥadīth se rapporte à soixante-dix chapitres de droit. » Et un groupe de savants disent : « Ce ḥadīth vaut le tiers de l’Islām. »

Les savants recommandent d’inaugurer les ouvrages par ce ḥadīth. Parmi ceux qui le ctent au début de leurs livres : l’Imām Abū Abdallâh al-Bukhārī. Abd al-Raḥmān b. Mahdī a dit : « Tout auteur qui compose un ouvrage devrait le commencer par la mention de ce ḥadīth pour inciter le lecteur à purifier son intention. »

Ce ḥadīth est répandu (mashhūr) en considérant la fin de la chaîne de ses transmetteurs, mais étrange (gharīb) si l’on considère le début de celle-ci. Car il n’a été rapporté d’après le Prophète (ﷺ) que par Umar b. al-Khaṭṭâb (رضي الله عنه) et seul Alqamah b. Abī Waqqāṣ l’a rapporté d’après Umar. [Aussi,] seul Muḥammad b. Ibrāhīm al-Taymī l’a rapporté d’après Alqamah et seul Yaḥyā b. Saīd al-Anṣārī l’a rapporté d’après Muḥammad b. Ibrāhīm. Il fut ensuite largement répandu puisque plus de deux-cents hommes le rapportèrent, dont la plupart étaient d’éminents imāms.

La formulation (ne valent que) (innamā) établi ce qui est mentionné en infirmant et en excluant tout autre chose en dehors de celle-ci. Cette expression indique tantôt l’exclusivité absolue, tantôt une spécification non exclusive. Ceci s’illustre par exemple dans le verset : { Tu n’es qu’un avertisseur } (innamā anta mundhir) [S.79/V.45]. Au sens littéral, le verset signifierait que l’avertissement est la seule mission du Prophète (ﷺ). Mais en réalité, les qualités du Prophète (ﷺ) ne se restreignent pas exclusivement à sa qualité d’avertisseur, puisqu’il possède bien d’autres belles qualifications comme l’annonce de la bonne nouvelle etc.

Il en est de même dans le verset : { La vie d’ici bas n’est que jeu et amusement }  (innamā al-ḥayata al-dunyā …) [S.57/V.20] qui, pris au sens littéral, Allāh étant plus savant, implique que la vie d’ici-bas est exclusivement jeu et divertissement spécifiquement pour celui qui la préfère à l’au-delà. Quant à la vie d’ici-bas en soi, elle peut être un moyen d’accomplir des œuvres pieuses. Il faut donc considérer le sens le plus vraisemblable. Ainsi, si les termes exprimant une restriction sont mentionnés dans un texte, il faudra en examiner la portée. Si le contexte et le sens général indiquent qu’il s’agit d’une restriction à un cas spécifique, on devra soutenir cette acception des termes. Sinon, en cas d’absence d’indication de ce genre, on devra considérer qu’il s’agit d’une exclusivité absolue. Comme c’est le cas dans ce ḥadīth du Prophète (ﷺ) disant : « Les actions ne valent que par les intentions.. » où il s’agit des actions régies par la Législation (al-shar‘iyah).

La signification [du ḥadīth] est : les actions comme l’ablution, le bain rituel, l’ablution sèche, la prière, la Zakāh, le jeûne, le pèlerinage, la retraite pieuse (i’tikāf) et les autres actes d’adorations ne comptent pas sans intention. Par contre, le nettoyage des impuretés (najāsa) ne requiert pas la formulation de l’intention car il s’agit de faire cesser quelque chose. Or, la cessation n’exige pas de formuler l’intention.  Un groupe [de savants] soutiennent que l’ablution et le bain rituel sont valides sans intention.

Dans les paroles du Prophète (ﷺ) : « Les actes ne valent que par les intentions » il y a un sous-entendu à propos duquel les savants divergent. Ceux qui exigent la formulation de l’intention considèrent qu’il faut comprendre :

  • « La validité des actes se fait par les intentions »
  • Tandis que ceux qui n’exigent par cette condition comprennent : « La perfection des actes se fait par les intentions. »

Concernant la parole du Prophète (ﷺ) : « et chacun ne recevra [de récompense] qu’en fonction de celle-ci » al-Khaṭṭābī a dit que cette phrase comporte une spécification autre que celle de al première phrase, à savoir que l’action est spécifiée par l’intention.

Le Shaykh Muḥyī al-Dīn al-Nawawī dit concernant cela :

« Spécifier l’objet de l’intention est une condition. Ainsi, si quelqu’un a une prière a rattraper, il ne lui suffit pas de formuler l’intention d’accomplir une prière manquée : il doit nécessairement formuler l’intention de l’accomplir en tant que Ẓuhr, Aṣr ou autre. Sans cette deuxième phrase [dans le ḥadīth], la première impliquerait la validité de l’intention sans spécifier l’acte à accomplir ou laisserait croire sa validité. Et Allāh sait mieux. »

Concernant la parole du Prophète (ﷺ) : « Ainsi, celui qui émigre pour Allāh et Son Messager, son émigration lui sera comptée comme étant pour Allāh et Son Messager »

Il est établi par linguistes arabes que la proposition principale et la subordonnée conditionnelle dans une phrase doivent être nécessairement différentes. Sont-elles semblables ici ? La réponse est la suivante : « Ainsi, celui qui émigre pour Allāh et Son Messager » de par son intention et son desseins, « son émigration lui sera comptée comme étant pour Allāh et Son Messager » de par sa qualification (ḥukm) et législativement parlant (shar‘).

Il est rapporté que la raison pour laquelle ces paroles furent prononcées est qu’un homme émigra de la Mecque à Médine afin d’épouser une femme qui s’appelait « Umm Qays » et qu’il ne recherchait pas le mérite de l’émigration. Ainsi, il fut appelé « L’émigré d’Umm Qays ».

Et Allāh sait mieux.

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