Fatwâ : bouchers juifs qui vendent des viandes interdites par le judaïsme à des musulmans [Ibn Sahnûn]

Abū al-ʿAbbās Aḥmad ibn Yaḥyā Al-Wansharīsī écrit dans « al-Miʿyār al-muarab wa-al-jāmiʿ al-Maghrib ʿan fatāwī ahl al-Ifrīqiyah wa al-Andalus wa al-Maghrib » (Vol. 2, p.29; Édition : Rabat, 1981) :

Ibn Saḥnūn a été interrogé au sujet de certains juifs qui, en égorgeant des bêtes ovines (ghanam) pour leur propre consommation, y trouvent parfois ce qu’ils appellent āhūr. Ils les vendent alors sans informer les acheteurs de ce vice et à notre connaissance aucun d’eux ne l’a jamais fait. Certains d’entre eux sont bouchers de métier et vendent [de la viande] aux musulmans. Faut-il absolument les en empêcher ? Doit-on exiger de tous les juifs du pays d’indiquer [aux acheteurs] les bêtes sacrifiées dans lesquelles ils trouvent le āhūr ? [Doit-on aussi] leur ordonner de cesser d’en vendre de sorte que si l’un d’entre eux viole cette interdiction il sera puni ? Explique-nous cela !
Il a répondu : « S’ils trouvent dans les bêtes qu’ils abattent quelque chose qui les leur rendent illicites et qu’ils vendent cette chair aux musulmans sans les aviser de ce vice, on les empêchera de vendre dans les marchés et même dans tout endroit où les marchandises pourraient leur être achetées. » ”
وسُئل ابن سحنون عن قوم يهود ذبحوا الغنم لأنفسهم، فربما خرج لهم في ذلك شيء يسمونه طاهورًا فيبيعون ذلك و لا يبينونه، و ما علمنا أن أحدا منهم بين ذلك. و منهم من يذبح و هو جزار هذه صنعته و يبيع للمسلمين، فهل يُمنع من ذلك كل المنع؟ و يُومر من وجد من اليهود بالبلد أن يذكروا ما يخرج طاهورًا و يُتقدم إليهم ويُنهوا أشد النهي، فمن اطلع عليه عوقب؟ بين لنا ذلك. فأجاب: إذا وقع في ذبيحتهم ما لا يستحلونه فيبيعونه للمسلمين و لا يبينونه فيمنعون من البيع في الأسواق، و لو في موضع يشتري منهم أهل الأسواق.
  • Résumé et contexte

Dans cette fatwa, des juifs vendaient aux musulmans les viandes dont la consommation est interdite dans le judaïsme. Il s’agit en l’occurrence des ovins atteints de maladie pulmonaire (maladie qui fait que, lors de l’égorgement de l’animal, le sang s’infiltre à l’intérieur du poumon et se mélange à lui). L’auteur de la question indique que les bouchers juifs vendaient cette viande sans informer les acheteurs de l’anomalie qu’elle comportait. Consulté, Muḥammad ibn Saḥnun (m. 256/879) qui n’est autre que le fils du grand juriste mālikite et auteur de la Mudawwana : Saḥnūn ibn Saʿid (m. 240/854), ne semble pas vouloir se prononcer pour l’interdiction de ces ventes. Il soutient seulement que les juifs doivent informer leurs clients musulmans du vice que comportent les bêtes abattues, comme il est du devoir de tout vendeur d’aviser les acheteurs des défauts cachés d’une marchandise mise en vente. Mais si les bouchers juifs continuent à frauder, il leur sera interdit d’accéder non seulement aux marchés mais à tout endroit où ils pourraient écouler leurs viandes.


 

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